Bénédiction d'une Statue de la Sainte-Vierge.




Dimanche dernier, le 16 mai 1920, à l'Hospice Condé, a été solennellement bénie une statue de la Sainte-Vierge érigée sur le fronton de la chapelle.
C'est une statue en pierre dure du Poitou, oeuvre remarquable d'un sculpteur de grand talent, M. Debert, de Paris.
D'un geste symbolique, la main gauche à peine étendue, la Vierge écarte le barbare envahisseur ; de la main droite, elle protège, et, sous les plis de son manteau, elle abrite Chantilly, réfugiée à ses pieds.
Sur le socle, on lit l'inscription suivante : "Reconnaissance à Marie, 1914-1918".
Cette statue avait été promise par vœu, dans la journée du 3 septembre 1914, après l'incendie de Creil et de Senlis, après le massacre de M. Odent(1) et des otages, si Chantilly échappait aux fureurs de l'ennemi.
La Providence permit qu'il n'y eut aucune victime, ni alors, ni à la suite des nombreux bombardements par avions que la ville eut à subir pendant le cours de l'année 1918 et qui, par une protection singulière, ne causèrent que peu de dommages matériels.
Mgr l’Évêque de Beauvais avait été délégué pour la bénédiction de la statue, assisté de M. l'Aumônier de l'Hospice Condé, de M. le Doyen de Chantilly, M. l'abbé Bellanger, et de M. le curé de Lamorlaye.
Cette belle cérémonie sera d'autant moins oubliée à l'Hospice qu'elle coïncidait avec la béatification de la vénérable Louise de Marillac, fondatrice des sœurs de charité qui dirigent l'Hospice Condé depuis 1648. 

(1) : Eugène Odent, élu maire de Senlis en 1912 et mort le 2 septembre 1914 à l'âge de 59 ans, victime civile du début de la première guerre mondiale.

D'après Le Courrier de l'Oise, Journal de Senlis - n° 21 du 23 mai 1920.

Les Souverains Anglais à Chantilly.




Le train amenant  de Calais à Paris le roi et la reine d'Angleterre doit s'arrêter à Chantilly, afin de prendre les membres de la mission française mis à la disposition des souverains anglais.
Pour cette circonstance, la gare de Chantilly a reçu une décoration du meilleur goût : elle disparaît presque entièrement sous les tentures rouges et les trophées de drapeaux français et anglais agréablement mariés. Un escadron de gendarmes à cheval en grand uniforme, coiffés du casque, garde la voie ferrée. Sur le quai de la gare, une compagnie du 54e régiment d'infanterie venue de Compiègne  rend les honneurs.
A 3 heures ¼, la mission française arrive par un train spécial de Paris. Elle est composée du vice-amiral de Jonquières, du général Léorat, commandant la 13e brigade de dragons, du capitaine de vaisseau de Saint-Seine, attaché naval à Londres, du colonel Aldebert, de la maison militaire du Président de la République, du lieutenant colonel de la Panouse, attaché militaire à Londres. 
Se trouvent également sur le quai de la gare le baron de Rothschild, président du conseil d'administration de la Compagnie du chemin de fer du Nord, M. Vallon, administrateur de la Compagnie et  maire de Chantilly et M.  Raux, préfet de l'Oise.
A 3 heures 25 exactement, le train royal entre en gare. Les deux souverains ne paraissent pas fatigués par leur voyage.
A leur descente du train, l'amiral de Jonquières leur présente ses hommages et ceux de la mission française attachée à leur personne pendant leur séjour. 
Le roi George remercie d'un signe de tête et serre la main à tous les membres de la mission qui lui sont présentés individuellement.
Puis accompagné de l'amiral de Jonquières, il passe en revue la compagnie du 54e  régiment d'infanterie.
Aussitôt qu'elle aperçoit les souverains, la foule massée en dehors de la gare pousse de vives acclamations : « Vive le roi George ! Vive la reine Mary ! ». La petite colonie anglaise entonne le Good Save the King.
A 3 heures 32, le train royal s'ébranle au milieu de nouvelles acclamations, pendant que les clairons sonnent aux champs. A 4 heures 35, les souverains feront, à Paris, une entrée triomphale.


D'après "La Semaine de Creil - Dimanche 26 avril 1914".

Tué par une automobile.


Un terrible accident a causé la mort d'un commerçant de notre ville.
M. Jacques Alphonse Gyss, restaurateur, demeurant rue du Connétable, sortait de sa maison et s'apprêtait à traverser la chaussée lorsqu'il vit une automobile qui venait de la direction des Grandes Écuries.
Cette voiture passée, il s'engagea sur la chaussée mais il fut pris au passage par une automobile venant en sens inverse qu'il n'avait pas aperçue.
L'auto allait à une vitesse de 25 kilomètres à l'heure et M. Gyss fut projeté à terre et traîné sur sept à huit mètres.
Dégagé de sous le véhicule par M. Feltz, pharmacien, et plusieurs autres personnes, le restaurateur fut placé dans l'auto et transporté d'urgence à l'Hospice Condé.
Malheureusement, quelques instants après M. Gyss rendait son dernier soupir. Honorablement connu à Chantilly, il était âgé de 61 ans.

 D'après Le Courrier de l'Oise - Journal de Senlis, n° 21, du  du 25 mai 1919.

Racing Stables Institute


Bien souvent, tandis que je longeais en bicyclette la rue de Gouvieux, j'ai vu se détacher, à l'entrée d'une jolie maison de campagne, ces mots peints sur une planchette taillée en forme de banderole : "Racing Stables Institute".
 Et c'est seulement il y a une dizaine de jours que je me décidais à m'y aventurer. Aimablement accueilli par le directeur, M. Eliot Walton, je pus parcourir, guidé par lui, tout l'établissement.
Le Cercle des Gens d’Écuries de Courses  est une  oeuvre essentiellement humanitaire et moralisatrice qui a été fondée à Chantilly, il y a dix-huit mois environ, sur le modèle d'une institution analogue qui fonctionne à Newmarket.
Elle a pour but d'offrir un lieu de réunion agréable et des distractions variées au personnel de tout âge des écuries de courses. Ce personnel se monte, pour Chantilly seul, à près de 500 personnes.
Le cercle comprend des salles de lecture et d'écriture, une bibliothèque de près de 300 volumes, deux salles de billard, un réfectoire, une salle de récréation, deux cours spacieuses où se trouvent des agrès de gymnastique, etc.
Les jeunes gens qui fréquentent le Cercle, au nombre de 300, sont groupés en équipes de football, de vélocipédistes et de gymnastes dont les exercices sont récompensés par des prix importants.
Enfin, il existe au Cercle un dortoir pour les jeunes gens momentanément sans emploi ; ils y trouvent le couvert et le coucher pour deux francs par jour. 
Un service d'ambulance y est aussi organisé, avec voiture et brancards pour les malades et les blessés ; lequel est complété par des cours spéciaux sur les premiers soins à donner aux blessés.
Il y a des cours de musique et de chants, des concerts, des conférences, un service divin chaque dimanche, et jusqu'à une caisse d'épargne spéciale aux sociétaires. La cotisation annuelle est fixée à un franc pour les enfants et les adultes en dessous de vingt ans, et à deux francs pour ceux qui ont dépassé cet âge.
Ajoutons que des personnes généreuses offrent un concours non point digne d'éloge :  la plupart des cours sont donnés gracieusement par des personnalités anglaises, et même françaises, avec un touchant dévouement. Madame la baronne de Rothschild, de Gouvieux, et madame Schultz, la bienfaitrice châtelaine de Montataire, s'investissent personnellement pour faire prospérer l'oeuvre et offrir des prix et des récompenses.
Le Cercle est placé sous le haut patronage du Prince de Galles et la présidence honoraire de sir Edmund Munson, ambassadeur d'Angleterre, et du prince d'Aremberg, député et président de la Société d'Encouragement. M. Austin Lee, conseiller d'ambassade, est le président effectif du conseil d'administration et s'occupe personnellement de l'oeuvre.
Il faut reconnaître le bien là où il se trouve et louer le dévouement désintéressé : M. Eliot Walton s'emploie à sauver ses jeunes compatriotes des entraînements de leur milieu et des dangers de l'alcoolisme. C'est un exemplaire salutaire que d'autres auraient honneur à imiter.

D'après G. Villavrède - Le Journal de Senlis - Courrier de l'Oise, n° 92, du 18 novembre 1900.

Promenade au Bois Bourillon.


Partons nous promener vers les belles allées ombragées du Bois Bourillon.
Nous essaierons de ne pas y croiser certaines demoiselles, pourtant mises avec beaucoup d'élégance, qui viennent faire valoir leurs charmes auprès des jeunes lads anglais en mal de compagnie féminine.
Malgré l'arrêté municipal du 15 juillet 1899 qui interdit à toute fille publique, ou plus généralement à toute femme se livrant à la prostitution, de circuler ou stationner dans les allées du Bois Bourillon ou la Route de l'Aigle, ces dernières sont bien connues des agents de Chantilly. Régulièrement arrêtées et condamnées, les demoiselles Rose L., Léonie M., Armande B., Obéline L., et les autres, reviennent toujours à leur maudite profession.

Le Journal de Senlis - Courrier de l'Oise : années 1900 à 1905.
AMC : Série I Police, Hygiène publique, Justice.


La déviation de la route nationale 16.


En ce mois de janvier 1898, la déviation de la route nationale 16, près de la gare, est terminée et déjà livrée à la circulation.
Pour remédier aux dangers et aux inconvénients que présente la traversée d'un passage à niveau sur cette ligne parcourue par de nombreux trains, surtout les jours de courses, la Compagnie du Nord a décidé de le remplacer par un passage inférieur.
La route nationale a été déviée d'environ 38 mètres vers Paris, au moyen de courbes, avec un alignement droit sous l'ouvrage.
Enfin, sur le côté gauche du chemin de fer, un escalier a été construit.Il est destiné à établir une communication directe pour les piétons entre le passage inférieur et la rue Victor Hugo.
C'est une excellente mesure prise là par la Compagnie du Nord. Désormais, les voitures et les piétons n'auront plus à attendre pendant un temps prolongé le passage des trains, et tout danger d'accident est supprimé.
(le Journal de Senlis - Courrier de l'Oise - 23 janvier 1898 - n° 7)

Le viaduc de la Canardière.




Le mardi 21 février 1911, la Compagnie des chemins de fer du Nord a commencé les travaux de réfection du viaduc de la Canardière. 
La réfection des ouvrages d'art comme le viaduc de la Canardière est un travail très délicat, qui demande beaucoup de soin. Il faut injecter du ciment entre les pierres et consolider les soubassements.
Ces travaux devront être terminés avant le 8 avril prochain, et jusqu'à cette date, la circulation se fera sur une seule voie. Des aiguillages spéciaux ont été aménagés à cet effet, et un service spécial de signaux sémaphoriques et téléphoniques a été mis en place.
Pendant les fêtes de Pâques,  la voie de droite sera remise et la circulation se fera de nouveau sur les deux voies ; puis, la voie de gauche, à son tour, sera enlevée pour la continuation des travaux.
Il s'ensuivra fatalement une certaine perturbation à la circulation si active des trains sur cette ligne, mais ces travaux sont urgents car  nécessaires à la sécurité des voyageurs.
Ce viaduc, qui sépare aujourd'hui les territoires de Gouvieux et de Chantilly a été inauguré le 10 mai 1859, en même temps que la nouvelle ligne de Paris à Creil. Composé de 36 arches de 10 mètres de longueur, et de 22 mètres 35 de hauteur, sa longueur totale est de 443 mètres 80. 

Le Courrier de l'Oise n° 16 du 23 février 1911 ; Le courrier de l'Oise n° 29 du 9 avril 1911 ; C. Noêl : "Chantilly : 1870 à 1891".

Trois cambriolages.


Dans la soirée de vendredi dernier, trois vols ont été accomplis à Chantilly par un même individu dont on possède heureusement le signalement.
Cet homme, après avoir volé quelques effets chez M. Lachenal, jardinier, rue de Gouvieux, s'est introduit, vers neuf heures et demie du soir, dans l'appartement des époux Hervin, cafetiers, avenue de la Gare.
A son entrée, le petit Hervin, âgé de quatre ans et demi, s'éveilla. L'homme lui jeta une couverture sur la tête pour l'empêcher de crier, puis fractura une commode avant  de s'enfuir, emportant un millier de francs en billets et en bijoux.
L'enfant appela, et M. Hervin, son père, accompagné de quelques consommateurs, partit aussitôt à la recherche du malfaiteur. Ils le rejoignirent près de la gare, et l'individu, abandonnant un sac contenant une partie de ses rapines, disparut dans le Bois Bourillon.
Le soir même, le temple anglican de l'avenue de la Gare recevait la visite de cet individu, qui, après avoir brisé un vitrail, a emporté  plusieurs objets de valeur.
Le Parquet de Senlis s'est rendu sur les lieux pour les constatations d'usage.
Le Courrier de L'Oise - Jeudi 17 mars 1910 - n° 21.

La pêche à la ligne dans le Canal Saint-Jean.


A quoi peut songer ce pêcheur qui semble assoupi devant sa ligne...
Il a l'esprit tranquille ; il ne fait pas partie de ces braconniers que le garde particulier de M. Texier surprend à pêcher dans le Grand Canal.
En déboursant la somme de 50 francs, il a acquis auprès de la Régie du Domaine un permis de pêche annuel pour le Canal Saint-Jean.
Ce permis lui donne le droit à deux lignes, qui peuvent être tenues par deux personnes différentes, à condition qu'elles restent l'une à côté de l'autre. De plus, le numéro du permis est affiché de manière apparente sur les gaules, tout est est en règle...

L'Hôtel du Grand Condé.


Construit par l'architecte Gustave Rives (1), à deux pas du château et de la forêt, l' Hôtel du Grand Condé est, vers 1900, un vaste établissement de premier ordre, bien connu des Parisiens qui fréquentent la ville.

Installé avec un goût parfait et meublé avec élégance par M. Georges Dufayel (2), l'Hôtel du Grand Condé est dirigé par M. Ruhl, le directeur de l'Hôtel Scribe, à Paris, qui est à lui seul une garantie de confortable, de chair délicate, et de soins attentifs.

Le restaurant propose le petit-déjeuner à 1 franc 50, le déjeuner à 4 francs et le dîner à 6 francs ; le vin est compris, et le service se fait à la carte.
La chambre à un lit est à partir de 6 francs, la chambre à deux lits, à partir de 8 francs ; le chauffage électrique est compris.

Des aménagements spéciaux pour les cyclistes et les voituristes ont été exécutés ; M. Ruhl a fait installer dans son établissement un poste électrique destiné à recharger les accumulateurs des voitures électriques.
Avec les nombreuses et charmantes excursions qu'offrent les environs, on peut passer à l'Hôtel du Grand Condé une semaine délicieuse !

Hôtel du Grand Condé, Rue d'Aumale n°4
Téléphone.


(1) - Bernard Auguste Rives, (1858-1876) est l'un des grands architectes français de la fin du XIXe et du début de XXe siècle. Nommé architecte en chef des bâtiments civils de la ville de Paris et des palais nationaux, il est surtout créateur d'immeubles de rapport et de bâtiments  commerciaux et publics. (Wikipedia)

(2) - Georges Dufayel, (1855-1916) est un commerçant parisien  et homme d’affaires qui développa le système des achats à crédit et des achats sur catalogue. Il était propriétaire des Grands Magasins Dufayel, dans le quartier de la Goutte d'or, à Paris, où l'on trouvait des meubles et des articles ménagers. (Wikipédia)





(Le Courrier de l'Oise - Journal de Senlis du 25/12/1898 - Le Figaro, 11/06/1902 - La France : politique, scientifique et littéraire, 28/06/1902 - Revue Mensuelle Touring Club de France, 15/10/1899 - Chantilly et le Musée Condé, Guide Joanne, Hachette 1902)

Les Étrennes 1899.


Depuis quelques jours, la devanture de M. Cauville, pâtissier, Place de l'Hospice Condé, est ravissante à voir avec sa jolie exposition d'articles pour étrennes.
Le choix est varié et du meilleur goût. De ravissantes porcelaines ont été transformées en élégantes bonbonnières contenant des bonbons fins ou des fruits glacés de toutes sortes. 
D'autres présentations, telles des sachets, des sacs satin, des cartonnages de luxe, ou encore des objets de vannerie, permettent de présenter les confiseries de façon artistique.
De plus, tout acheteur a droit, pour chaque deux francs de marchandises achetées, à un billet gratuit de tombola. Parmi les lots, une magnifique cage dorée dans laquelle un rossignol automate fait entendre ses modulations les plus variées, imitées à s'y méprendre du chant de l'oiseau vivant. Cet accessoire, à lui seul,  a une valeur de 150 francs. 
(En 1902, M. et Mme Cauville vendront leur fonds de commerce à M. Paul Combes.)

M. et Mme Budin, chirurgiens dentistes.

M. et Mme Budin sont chirurgiens dentistes diplômés de la Faculté de médecine.
Grâce à l'insensibilisation locale et l'anesthésie générale, ils soignent les maladies de la bouche et des dents.
Ils proposent des dentiers perfectionnés en or, en platine ou en vulcanite.
En 1904, leur cabinet dentaire est situé au 1, rue de Condé, ou 2, rue d'Aumale. Ils y reçoivent leurs patients tous les jours de 8 heures du matin à 8 heures du soir.
Ils reçoivent aussi à Creil, tous les jours sauf le mardi et le jeudi, et à Senlis, le mardi de 9 heures à 4 heures.

La Chaumière.

A vendre, par adjudication volontaire, le dimanche 30 mars 1913, une très belle propriété de construction nouvelle, appelée "Villa la Chaumière"  située au Bois Saint-Denis.
Cette propriété est divisée en :
Un sous-sol comprenant calorifère, trois caves et caveau pour vins fins.
Un rez-de-chaussée comprenant vestibule, cuisine, office, grande salle à manger, petite salle à manger, salon, salle de billard, water-closets.
Un premier étage comprenant une salle de bains avec appareil à douches, trois chambres à coucher, deux cabinets de toilettes, water-closets.
Un deuxième étage comprenant quatre chambres et grand cabinet de toilettes ; grenier au dessus.
Les communs comprennent une écurie avec deux boxes, une remise pour trois voitures, une sellerie, une buanderie,un garage pour automobile avec fosse.
Un bâtiment à usage d'orangerie et chenil. Au dessus, deux chambres de domestiques, et grenier à fourrages.
Cour, parc et jardin d'agrément. Le tout d'une contenance de deux mille huit cent quatre vingt quatre mètres.


Les écoles communales


L'école communale des garçons se trouve à côté de la salle des réunions, près de la pelouse. Elle est  dirigée par les Frères des Ecoles Chrétiennes, mais au 1er octobre 1888, par décision préfectorale, l'école est laïcisée. M. Lefèvre, instituteur primaire, est nommé directeur. L'école ne compte plus  alors qu'une dizaine d'élèves, la plupart des enfants ont suivi M. Sandre, ou plutôt Frère Anaclétien, qui a fondé une institution libre dans la ville.
Dans le même temps, la ville de Chantilly ne possédant pas d'établissement publique de filles, le Conseil municipal décide d'installer cette école dans une des classes de l'école des garçons. Quelques travaux sont effectués afin  d'éviter toute communication et de séparer les deux cours de récréation. Les garçons entrent  par la porte située dans l'avenue du Réservoir alors que les filles rentrent par la rue du Bouteiller.

En 1890, l'école des garçons compte 92 élèves et celle des filles 55. Devant la nécessité d'agrandir l'école des filles, on prolonge le bâtiment actuel, sur la droite, par un pavillon carré qui contient deux grandes classes au rez-de-chaussée et un logement pour l'institutrice à l'étage.

En 1907, l'école des filles compte 177 élèves réparties en trois classes : la première classe primaire compte 41 élèves, la deuxième 45. C'est la classe enfantine qui est devenue insuffisante avec ses 91 enfants. On décide de l'installer, à titre provisoire, dans la salle des réunions située à côté.
L'école des garçons compte 204 élèves répartis en quatre classes : la première compte 44 élèves, la deuxième 49, la troisième 49 et la quatrième 62. Une cinquième classe s'impose dès qu'un quatrième instituteur adjoint sera nommé. Cette classe sera installée, provisoirement, dans un local du Pensionnat Saint Joseph que les religieuses sont disposées à louer à la ville.
Cette fois, il faut bien se résoudre à l'édification d'un nouveau groupe scolaire. Mais la plupart des propriétés bâties ne conviennent pas et les terrains à  bâtir sont rares à Chantilly.

L'emplacement idéal ne sera trouvé qu'en 1909. Il s'agit d'une propriété  située rue d'Aumale, à 150 mètres des écoles actuelles, manifestement bien centrale, bien aérée, ne présentant aucun voisinage bruyant ou dangereux, et, surtout, éloignée du cimetière.
Cette propriété comprend une maison de maître, donnant sur la rue du Connétable, où pourront être aménagés des logements pour les institutrices et une grande cour sur laquelle  on pourra construire les classes.

En 1912, enfin, la nouvelle école des filles est achevée.  A la rentrée du mois d'octobre, elle accueille les petits garçons et les petites filles des classes enfantines, et les élèves de l'école primaire ainsi que celles venant de l'Hospice Condé, l'école ayant été fermée par arrêté du Ministre de l'intérieur en date du 26 juin 1912.

Au 1er janvier 1913, l'école compte 335 inscrits. La directrice se nomme mademoiselle Rausher ; les institutrices adjointes sont mesdames Monard-Daubec, Clavier-Reynaud, Rousseau-Couté, et mesdemoiselles Bonnet, Egler et Poncelet. Madame Anglard Risselin est chargée de la classe enfantine.

Quant aux locaux devenus vacants, ils seront affectés à l'école des garçons. L'école congréganiste des garçons ayant  aussi fermé ses portes,  trois nouveaux postes d'adjoints sont à créér.

Au 1er janvier 1913, l 'école des garçons compte 259 élèves inscrits . Le directeur est M. Lebeau. Ses adjoints sont messieurs Rousseau, Herlin, Charbonnier, Podevin et mademoiselle Puydebois.

La "Première" de Chantilly.


La "première" de Chantilly a eu lieu le dimanche 17 avril 1898, de la façon la plus charmante, parmi le grand calme des bois, sous un radieux ciel de printemps.
A une heure, comme il était annoncé, la grille du château s'est ouverte, et tout doucement, par petits groupes, respectueuse et muette d'admiration, la foule est entrée.
Les trains du matin n'avaient emmené que peu de visiteurs à Chantilly. Celui d'une heure de l'après-midi débarque quelques centaines de parisiens, curieux, impatients de voir.
Omnibus et  fiacres s'emplissent et filent.
Beaucoup se dirigent à pied à travers le bois. Il est à peine deux heures et les abords du château ont déjà pris un aspect nouveau. Une file de voitures y stationne le long de la grille d'entrée, des paquets de bicyclettes s'entassent.
Peu de monde dans les jardins. Toutes les curiosités vont au palais. Les abords en sont gardés par des surveillants qui étrennent leurs uniformes neufs : tuniques bleues à bouton d'argent portant les mots "Musée Condé" au dessus des initiales "CO" (Condé Orléans).
Les visiteurs traversent la cour du Connétable, franchissent le pont Michel Ange, et gagnent la cour d'honneur.
A gauche de l'entrée, le traditionnel  vestiaire des musées nationaux est installé.
A droite un guichet où s'offre, en hautes piles de brochures, le premier catalogue du Musée Condé. Trois cents exemplaires en sont enlevés dès l'ouverture.
Les parties du château où, jusqu'à nouvel ordre, le public est admis, sont le premier étage de la Capitainerie, la chapelle et le rez-de-chaussée du château.
C'est au rez-de-chaussée de la Capitainerie que se trouvaient les appartements privés du duc d'Aumale. Ces appartements ont perdu tout caractère intéressant ; on y a installé les bureaux des conservateurs. Les richesses qu'ils contenaient ont été transférées au musée.
La foule est énorme, un bon public de bourgeois endimanchés parisiens auxquels se mêle la population de Chantilly et des environs.
Beaucoup de cyclistes, trop de cyclistes, je veux dire trop de mollets poussiéreux. Ce débraillé choque dans l’éblouissant décor de telles richesses, parmi l'ordre majestueux de telles reliques.
Mais il faut rendre justice à la foule, sa tenue est parfaite.
Dans les salles les plus encombrées règne un silence d'église et devant le portrait du prince, presque toutes les têtes, en passant, et comme d'un geste instinctif, se découvrent.
Au rez-de-chaussée du château sont les principales galeries de peintures et la salle à manger d'honneur, ou "Galerie des Cerfs". La foule, de ce côté, se porte principalement aux menus objets d'art, aux vitrines.
On a eu la très bonne idée de reproduire, dans chaque salle, le plan de tous les panneaux sur des feuilles blanches fixées à des écrans de bois. Ce plan marque la place de chaque tableau ou dessin, et en désigne l'auteur et le sujet. L'écran, déposé sur un meuble ou accroché au mur, peut être pris en main et consulté par le visiteur.

A l'entrée de la chapelle, un tableau porte l'indication des messes commémoratives qui doivent  êtres célébrées à perpétuité, ainsi que les dimanches et jours de fêtes reconnues
Dans la chapelle, un long crêpe voile le prie-dieu où s'agenouillait le duc d'Aumale.
Nulle part ailleurs ne s'évoque le deuil récent. Il n'y a au Musée Condé que deux ou trois portraits du prince, mêlés aux autres, ou perdus dans les parties les moins éclairées du château.
N'est-elle pas élégante cette façon de presque disparaître de sa maison - et quelle maison - après l'avoir donnée ?

(d'après) Emile Berr.
Le Journal de Senlis, Courrier de l'Oise
Jeudi 21 avril 1898.



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